GT (2004-2007)

LE FANTÔME DES 24H...
Initialement présentée comme un concept car de salon, la Ford GT40 deuxième version, baptisée depuis "GT" est devenue réalité. Sa commercialisation imminente pour un prix des plus abordables comparé à celui de ses concurrentes directes la rend terriblement attractive, avec en prime un patrimoine génétique exceptionnel. Retour sur l'histoire d'un retour gagnant ?...

 

Les anciens se souviennent certainement des rixes magiques qui eurent lieu entre Ferrari et Ford, puis entre Ford et Porsche au 24H du Mans. Si de nombreuses versions différentes de Ford ont couru au Mans dans les années 60 avec plus ou moins de bonheur au départ, elles n'ont pas toutes portées le patronyme de "GT40". Mais par son look, le son de son moteur et surtout le combat de titan du géant Ford, à qui le Commendatore avait fait un pied de nez, contre le nain Ferrari, la Ford GT40 a symbolisé les courses d'endurances des années 60. Ford avait voulu racheter Ferrari, et ce dernier après avoir laissé croire qu'il était d'accord (pour mieux verrouiller ses accords avec Fiat !) s'est finalement désisté de manière un peu cavalière. C'était donc décidé, Ford courrait les 24H du Mans sous sa propre marque, et irait terrasser ce "nain italien" qui avait osé défier l'oncle Sam... Quelques dizaines d'années plus tard, Ford alors en difficultés, puise dans son passé pour se réaffirmer aux yeux du public et aussi pour motiver ses troupes.

 

PRÉSENTATION


L'idée de réinterpréter le mythe de la Ford GT40 peut paraître sans originalité et facile. En réalité, il n'en est rien. Il est finalement plus facile de partir d'une feuille blanche et de créer un projet totalement neuf sans contraintes. Car, des contraintes, les designers du projet "Pétunia", c'est son nom de code" en ont reoncontré bon nombre. En effet, au départ, Jay Mays, patron du style et surtout Camillo Padro ont souhaité s'inspirer mais en innovant. Mais au fil des dessins, des maquettes, les critiques fusaient à chaque reprise en reprenant en référence la Ford GT40. Toutes ces remarques étaient consciemment et inconsciemment en faveur d'une interprétation fidèle à la GT40. C'est ainsi que la ligne de la Ford GT est née. Malgré les apparences trompeuses, la Ford GT possède des cotes qui lui sont spécifiques, puisqu'elle est plus haute, plus large et plus longue que son illustre aînée. Les couleurs et les parements sont évidemment repris des GT40 de courses avec bandes blanches centrales, bandes latérales avec inscription "FORD GT" et surtout, l'amateur pourra opter pour le coloris "Gulf", bleu clair avec les bandes oranges, comme celles de Jacky Oliver en son temps, ou même la Porsche 917 de Steve McQueen dans son film Le Mans. Extérieurement, la Ford GT est une véritable diva trapue, basse au bassin échancré. C'est surtout à ce niveau que les différences avec la GT40 sont les plus flagrantes, mais les designers s'en sont tirés avec les honneurs. Tous les blocs optiques, avant et arrière ont été réactualisés pour correspondent aux standards actuels et les rétroviseurs sont de taille plus actuelle. Particularité conservée de la Ford GT40, la Ford GT conserve le principe des portes qui mordent sur le toit avec une découpe lorsqu'elles s'ouvrent. Pour l'anecdote, certains pilotes, grands par la taille (et aussi par leur talent) avaient des difficultés à être correctement installés avec leur casque dans les Ford GT40 en compétition. Les ingénieurs avaient alors réalisé un léger bossage sur le toit, juste au-dessus de la tête du pilote !! A l'intérieur on retrouve une présentation très sportive avec des baquets Sparco en cuir. Le dessin de la planche de bord s'inspire lui aussi de sa devancière et le levier de vitesse est décalé sur la droite sur le tunnel central. Ce dernier cache notamment le réservoir d'essence. La batterie de compteurs ronds fleurant bon les sixties s'étalent sous vos yeux et le volant trois branches est du plus bel effet et très agréable à la prise en main. L'équipement de série est des plus succincts avec la climatisation, la direction assistée, l'autoradio et l'ABS. C'est peu, surtout à ce niveau de prix, mais l'essentiel de la Ford GT ne réside pas dans ce domaine. C'est plus l'ambiance et la présentation originale que l'on retiendra et on oubliera vite les lacunes d'équipement.

 

TECHNIQUE


Si les designers ont su habiller la Ford GT d'une carrosserie des plus attrayantes, les motoristes se sont-ils mis au diapason ? Pour la tradition, les ingénieurs ont repris un gros V8 Ford qui équipe des SUV. Mais là s'arrête la similitude car ils ont ensuite revu en profondeur le V8 : bloc alu, carter sec, injecteurs doubles, vilebrequin et pistons forgés. Les quatre arbres à cames en tête et les 32 soupapes ont été repris du V8 initial, mais les motoristes ont ajouté au centre du V8 un compresseur Eaton-Rootes. Ce V8 de 5,4 litres ainsi retravaillé développe donc la puissance coquette de 500 ch à 6 000 tr/mn et un couple gargantuesque de 69 mkg à 4 500 tr/mn. Typique des productions US, et en totale opposition avec les V8 italiens, ce V8 à gros pistons n'aime pas trop monter dans les tours et se comporte idéalement dans les régimes intermédiaires. La boîte mécanique à six rapport a été fabriquée et conçue en Angleterre chez Ricardo (le même fournisseur que les Audi des 24H du Mans) et l'embrayage à deux disques étroits provient de chez AP Racing. Tout le châssis-coque est en aluminium extrudé, et les triangles en aluminium coulé. Le but avoué est de faire baisser le poids de la Ford GT, ou au moins de le contenir, tout en conservant un maximum de rigidité, gage d'une bonne tenue de route. Le magnésium est employé pour la traverse avant et sous le tableau de bord incluant le support d'airbag passager. Ce châssis a été développé et étudié en collaboration avec Jack Roush Performance et sous-traité chez Mayflower. Comme Ford est en période de vaches maigres, c'est la colonne de direction de la Ford... Focus (!) qui a été reprise, tandis que le plancher sandwich est en aluminium-carbone-aluminium. La répartition des masses de 47/53% et l'empattement long sont propices eux aussi à un excellent équilibre. C'est Brembo qui a été requis pour le freinage c'est ventilé et pincés dans un diamètre impressionnant. Si l'ABS a été retenu, aucune autre aides à la conduite ne sont montées sur la Ford GT. Si pour le commun des mortels cela peut s'avérer regrettable, nous ne pouvons qu'applaudir des deux mains une telle démarche. Les heureux propriétaires pourront enfin goûter aux joies d'une GT moderne sur circuit fermé sans assistances qui leur font oublier leurs erreurs de pilotage. C'est d'autant plus louable à une époque où les procès en tout genre sont légions et des batteries d'avocats n'attendent que des clients à la sortie des hôpitaux et des garages...

 

SUR LA ROUTE


Essayer une telle auto n'est pas à la portée du premier scribouillard venu... Ce qui est le cas de votre serviteur du jour. Toutefois à la lecture de la fiche technique, on salive à l'avance et on devine le potentiel de l'engin. Les journalistes qui furent conviés à cet essai hors-norme, d'une GT dont les derniers développements se poursuivent, ne purent que faire quelques tours réglementés sur le circuit de Laguna Seca avec un "chaperon" de l'usine à leur côté. Restait ensuite un petit parcours sur route ouverte pour mieux juger la "polyvalence" de la Ford GT (surtout en terme de comportement et caractère que facilité d'utilisation). Les journalistes français, heureux élus pour essayer la bête, n'ont évidemment pas cessé de tarir d'éloges le style et l'ambiance de cette Ford GT. Malgré son gabarit, l'habitacle est jugé suffisamment spacieux, même pour les grands gabarits (standards US obliges...). La présentation sympathique devra être jugée sur les premiers modèles de production, les Ford GT essayées étant des préséries non définitives. Ce qui surprend le plus nos essayeurs du jour, c'est la facilité de conduite de cette Ford GT, malgré son couple camionnesque de 69 mkg et ses 500 ch. La première très longue, participe notamment à rendre les démarrages plus aisés. Même sur circuit, dans les limites imposées par Ford, il est facile de passer vite partout et l'auto pardonne même quelques erreurs. Nous sommes apparemment loin du caractère pointu des Ford GT40 de la belle époque, lorsque le pilote allait chercher les limites de l'auto. N'est pas Jacky Ickx qui veut ! Surtout sur route humide... Le moteur se caractérise par une sonorité enivrante qui rappelle les big blocks d'antan avec ses huit grosses gamelles. Le compresseur est fort discret totalement couvert par les vocalise du V8 de 5,4 litres. Sur route ouverte, la Ford GT conserve sa facilité d'utilisation. C'est d'ailleurs l'aveu des concepteurs de la GT d'avoir privilégié une facilité d'utilisation pour permettre au plus grand nombre (amateurs fortunés, ils avaient oublié de le rappeler NDRL !) de se faire plaisir sans aller au tas à chaque virage. Le seul grief trouvé à ce jour est la commande de boîte encore imparfaite qui reste dur et imprécise. Mais les dirigeants de Ford ont promis que ce point ne leur donnait pas satisfaction et qu'ils travaillaient à corriger ce défaut. Dont acte. A vérifier lors de la commercialisation de la Ford GT.

 

:: CONCLUSION

 
Bonne nouvelle, si la Ford GT n'était au départ pas prévue pour l'Europe, les dirigeants de Ford ont changé d'avis. Avec sa ligne intemporelle, ses gènes de championne, que dis-je, de légende vivante des 24 heures du Mans et son ambiance propre aux GT d'exception, cette Ford GT pourrait bien remplacer dans notre coeur certaines valeurs européennes bien établies. A 150 000 euros environ, cela paraît presque donné, enfin pour la catégorie...

 

Source L'automobile Sportive

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