Escort RS Cosworth (1992-1996)

GRAINE DE CHAMPIONNE !!

 

    Après sa berline Sierra Cosworth qui brilla en rallyes notamment aux mains de François Delcourt et Didier Auriol précédemment, Ford mise sur son modèle compact, l'Escort, pour lutter en rallye contre les Toyota Celica et Lancia Delta Integrale. Mais, pour l'homologation en groupe A, il faut commercialiser 2 500 exemplaires… 

    A la fin des années 80, Ford possédait bien dans sa gamme Escort des sportives avec en point d'orgue la RS Turbo, mais l'arme de Ford Europe en rallyes s'appelait alors Sierra RS Cosworth. D'abord sur la Sierra 3 portes dans la période Sierra phase 1, puis sur la base d'une berline quatre portes avec la phase 2. Avec son deux litres 16 soupapes turbocompressé, la Sierra Cosworth faisait alors parler la poudre puisque ses 220 ch transmis au sol par les quatre roues lui permettaient des performances de premier plan : 240 km/h et 6,9 secondes pour atteindre les 100 km/h. Mais en compétition, la Sierra est évidemment handicapée par ses dimensions et son architecture (un porte-à-faux arrière trop important) de départ pas forcément propice à la compétition.

 

OBJECTIF RALLYE !

 

   Ford, malgré les résultats encourageants de la Sierra Cosworth en rallyes, ne veut plus se contenter de places d'honneurs, même si François Delcourt défend avec passion les couleurs du constructeur américain. Si l'ensemble mécanique (moteur-boîte-pont) a confirmé ses qualités, il faut revoir la base. C'est donc sur sa nouvelle Escort, que Ford décide de greffer ces éléments. Avec l'Escort, les dimensions sont réduites en matière d'empattement surtout ce qui favorise la vivacité et la maniabilité du comportement routier. Sinon l'implantation mécanique est strictement identique à la Sierra. Le moteur est monté à l'avant longitudinalement (alors que toutes les Escort ont des mécaniques transversales). La chaîne cinématique de transmission est également la même avec une prise de force en bout de boîte, un différentiel inter-pont épicycloïdal répartissant asymétriquement le couple entre les deux essieux (34% vers l'avant et 66% vers l'arrière) et l'appoint de deux viscocoupleurs. Toujours dans la série du pillage, l'Escort RS Cosworth reprend les trains roulants, les freins et la direction assistée de la Sierra du même nom.

 

UNE AERODYNAMIQUE SOIGNEE

 

    Les ingénieurs ont étudié et conçu l'énorme aileron arrière et surtout une lame de bouclier avant réglable que l'on peut plus ou moins sortir. Si dans le cadre d'un usage routier ces caractéristiques ne servent à rien, cela permet à Ford d'exploiter au maximum le travail de la charge aérodynamique sur ses versions compétitions. Dès sa commercialisation en 1992, l'Escort RS Cosworth est commercialisée en deux versions : l'une baptisée Motorsport, sorte de version compétition client allégée et à l'équipement succin, et l'autre standard dont la dotation de série est riche (vitres électriques, toit ouvrant, isolation phonique poussée, sièges Recaro…). La version Motorsport était vendue alors moins cher que la standard, et toutes deux possédaient une instrumentation particulièrement complète sur fond blanc électroluminescent, selon un procédé emprunté à Aston Martin, du meilleur effet.

 

MOTEUR

 

    Si le moteur est celui de la Sierra, nous l'avons déjà évoqué plus haut, il est désormais catalysé et il bénéficie d'un turbocompresseur de taille majorée afin d'autoriser, sinon une puissance plus généreuse, du moins un fonctionnement plus harmonieux avec la bride de 36 mm imposée en groupe A. Le résultat est que sur la version destinée au grand public le confort de conduite n'est pas des plus aisé. Au-dessous de 4 000 tr/mn il ne sa passe pas grand chose, puis au-dessus, c'est en revanche la charge de la cavalerie. Les 29,6 mkg de couple et les 220 ch propulsent l'Escort Cosworth à près de 240 km/h et lui font abattre la borne kilométrique en tout juste plus de 26 secondes. Et avouons que 110 ch au litre de rendement moteur, cela reste toujours exceptionnel. Question physique, Ford a plutôt opté pour une carrosserie bodybuildée. Mais ce n'est pas qu'une question de style. Il y a également des raisons techniques dans ces choix : les ailes larges et passages de roues proéminents permettent l'augmentation de la taille des roues avec du 16", mais du 17 et même du 18" sont prévues pour la compétition. Toute la face avant est également agressive à souhait. Cela est du en partie par les larges ouvertures destinées à refroidir la bouillante mécanique et évacuer toutes ses calories. Pour ces dernières les extracteurs d'air sur le capot et dans la partie finale des ailes avant ont été prévus.

 

SUR LA ROUTE

 

    Les voitures prévues initialement pour les homologations en rallyes sont comme cela. Toujours dans la démesure. C'est soit une réussite totale dans sa version civile (Lancia Delta Intégrale, Renault Turbo, Celica Turbo 4WD) soit des autos bancales et peu adaptées à un usage quotidien (Citroën BX 4TC, Peugeot 205 T16). Et l'Escort RS Cosworth alors ? Elle appartient heureusement à la première catégorie avec une efficacité et un charisme de tous les instants. Si vous avez le privilège de conduire les premiers millésimes, sachez anticiper avec l'effet turbo ancienne mode. La violence du turbocompresseur qui se déchaîne à partir de 4 000 tr/mn vous rappelera que votre Ford n'a d'Escort que le nom, et vous penserez à mettre un cierge à l'église pour celui qui a eu l'idée de monter une transmission intégrale. Quel châssis ! Par n'importe quel temps, et dans n'importes quelles conditions, l'Escort RS Cosworth s'extrait des virages et des courbes avec un grip et une accroche exceptionnels. Même des GT bien plus puissantes ne peuvent être efficaces sur le terrain de jeu de l'Escort. Certes, l'autoroute n'est pas sa tasse de thé avec son physique de camionneur, mais que les routes se rétrécissent, le conducteur commence à se cracher dans les mains. Les modèles ayant bénéificié de l'évolution avec un turbocompresseur plus petit sont nettement plus agréables à l'usage et en plus les performances progressent sensiblement. Confortable avec ses sièges baquets Recaro, quoique ferme, l'Escort RS Cosworth est une auto authentique à piloter, et chaque départ vous replonge dans l'ambiance des rallyes des années 90.

 

EVOLUTIONS

 

    En 1994, Ford réagit sur sa bête de rallye et installe un turbo plus petit que celui monté jusque-là. C'est à la fois suite à la réaction du public et de la presse sur la version de "série" et également en raison de règlements changeants que Ford a décidé cette modification. Si elle paraît mineure sur le plan de la puissance pure (+7 ch seulement), il en est tout autre sur le plan de l'agrément de conduite et de l'exploitation du moteur. Le trou qui existait jusqu'à 4 000 tr/mn a réellement disparu ce qui nous donne une mécanique moins pointue à utiliser surtout dans le cadre d'un usage quotidien. Même les accélérations y gagnent puisque sur le kilomètre départ arrêté, l'Escort Cosworth 227 ch accélère plus fort de 5 dixième de seconde. Dans la foulée, l'Escort prend un tout petit peu de poids supplémentaire (+20 kg) ce qui détériore très légèrement son rapport poids/puissance. La tenue de route reste quant à elle toujours aussi efficace avec ce subtil compromis confort/efficacité. Et pour finir sur le moteur, il améliore encore un peu son exceptionnel rendement moteur de 4 ch/litre pour passer à 114 ch/litre. En 1996, Ford stoppe la commercialisation d'un des derniers monstres sacrés (la Lancia Delta Intégrale n'étant plus là non plus) homologué sur route pour le rallye. L'Escort RS Cosworth n'est plus mais va laisser une trace indélébile dans le cœur de tous les passionnés.

 

ACHETER UNE FORD ESCORT RS COSWORTH.

 

    Sur le marché de l'occasion, les Ford Escort RS Cosworth conservent encore une cote soutenue en raison d'une diffusion relative sur notre marché. Comptez donc à partir de 14 500 euros pour un exemplaire en très bon état et entretenu avec origine connue. Certaines sportives sont réputées indestructibles et fiables. Pour d'autres, et c'est souvent le cas pour les moteurs turbocompressés dont les rendements sont plus élevés, l'adage est totalement inverse. L'Escort Cosworth est une voiture très fiable si l'entretien et la conduite ont été en rapport avec le pedigree de l'auto. La mécanique, si elle a été maltraitée ou bidouillée et que l'entretien n'a pas été à l'avenant, vous allez au devant de nombreux problèmes mécaniques. Factures et carnet obligatoires (courroies tous les 40 000 km, révision tous les 5 000 km)… L'entretien coûte relativement cher sur ces autos et il n'est pas à négliger (environ 350 euros pour les révisions standards et comptez minimum 600 euros s'il faut changer des pièces en sus - freins, amortisseurs...). Sachez que lorsque vous attaquez un peu, il fait laisser le moteur tourner une dizaine de secondes avant de l'éteindre pour lui laisser le temps de redescendre en température. Vous trouvez en outre sur le marché des Escort qui ont subit les affres de la compétition (à fuir pour tout usage routier traditionnel !), celles qui ont été préparées dans les règles de l'art ou non et celles strictement d'origine qui sont de plus en plus rares. Une chose est certaine : la patience dans vos recherches doit être de mise, car vu le nombre réduit d'exemplaires commercialisés et survivants, il ne fait pas hésiter à en voir plusieurs, non pas pour avoir le plus bas prix, mais la plus belle Escort. les Escort Cosworth en strict état d'origine commencent à être rares sur nos routes. Sans parler des versions compétitions, de nombreuses Escort sont déjà passées entre les mains de propriétaires tuners de tout poil. La carrosserie peut également vous fournir de nombreuses informations sur le passé de l'auto. Ainsi, si vous voyez la moindre soudure, notamment au niveau des passages de roues qui est fissurée ou refaite, passez votre chemin. Des amortisseurs et ressorts durs alliés à une conduite très sportive ou de compétition ont usé l'auto jusqu'à la corde. Sortez la loupe et les aimants !!

 

:: CONCLUSION

 

    Performante, exceptionnellement scotchée à la route et un physique d'athlète comme on les aime caractérisent ces Escort pas comme les autres. Et aujourd'hui, il n'est peut être pas encore trop tard pour acheter ce mythe en devenir en bon état, car cette Escort Cosworth peut se révéler fragile si on ne respecte pas les règles d'usages sur les véhicules pointus. Le prochain McRae ou Sainz, c'est peut-être vous et ce ne sera pas sur PS2 ou Xbox…

 

Source L'automobile Sportive.

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Commentaires : 1
  • #1

    Séb (lundi, 15 août 2011 19:08)

    Certainement ma Ford préférée.
    Un rêve d'adolescent ...

    Superbe article !!!!